jeudi 1 novembre 2012

L'histoire d'Horacio de Tomás González

Horacio est un homme anxieux: son fils Jerónimo est un saltimbanque, le juge veut lui retirer sa coccinelle VW achetée chez un escroc, il ne trouve pas de taureaux pour ses vaches qu'il bichonne tous les jours, il joue aux courses hippiques mais gagne rarement et préfère emprunter de l'argent à ses frères plutôt que de vendre les antiquités qu'il empile dans son garage. Bref, vous l'aurez compris, la vie d'Horacio est faite de petites chicaneries qui deviennent à ses yeux des obstacles insurmontables, alors qu'autour de lui, s'agite une famille aimante.

L'histoire d'Horacio est le deuxième roman de Tomás González traduit en français après Au commencement était la mer. Je n'avais, pour ma part, jamais entendu parler de cet auteur colombien et j'ai plongé avec plaisir dans cette chronique familiale. Les voix d'Horacio, de sa femme Margarita, de son beau-frère Eladio et de ses frères Elias et Álvaro se suivent pour nous raconter la vie de cette famille. Il n'y a pas vraiment de trame ou d'intrigue dans ce livre, où seuls les mois qui s'écoulent et le vêlage des vaches servent de fil rouge à une suite de petites "tragédies" quotidiennes dans la vie d'Horacio.

J'ai eu de la peine à entrer dans ce livre. Les nombreux personnages, la suite d'événements aléatoire et les discussions qui se chevauchent, m'ont tout d'abord déroutée. Puis, je me suis peu à peu attachée à cette famille, où règne une belle cacophonie. Venant d'une famille où il faut parfois se battre pour pouvoir en placer une (ben oui, on est des pipelettes chez nous), j'ai presque eu l'impression de me retrouver à un déjeuner dominical, et c'est avec un petit regret que j'ai quitté ce foyer colombien haut en couleurs. Et c'est là que je me rends compte que Tomás González a écrit une histoire universelle, sur la famille, la peur de mourir et le temps qui s'écoule, tout en situant son histoire dans un contexte qui pourrait nous paraitre "exotique", à savoir la Colombie et les années 60. Mais au lieu de l'exploiter, l'auteur a préféré gommer complètement ce cadre pour ne garder que les angoisses si communes d'un homme face à la mort. 

Roman polyphonique, suite d'historiettes et chronique familiale d'un auteur colombien encore peu connu dans nos contrées, L'histoire d'Horacio est un petit récit charmant et sympathique, tout en simplicité.

Horacio est un jouisseur inquiet. Il est fou de sa femme, de sa nombreuse famille qui criaille, de ses frères avec lesquels il refait sans cesse le monde. Fou de ses antiquités, Vierges et lustres mêlés, dont il est censé faire commerce mais qu il garde jalousement dans son hangar. Fou de ses deux vaches qu'il couve du regard et soigne scrupuleusement. Horacio fume cigarette sur cigarette, bichonne sa Volkswagen, fait des paris sur les courses de chevaux tous les jours et demande de l'argent à ses frères toutes les semaines.
Mais une idée fixe lui gâche la vie : celle de la mort. Un fait divers, une image, une pensée, suffisent à faire battre son coeur trop fort, le condamnant à un état d'exaltation permanent. Dans sa maison règne une ambiance joyeuse : les réunions de famille sont fréquentes, tendues, gaies, bruyantes. Mais dans sa tête tourne cette obsession qui le tourmente. 

Tragique et drôle à la fois, L'histoire d'Horacio trace le portrait chaleureux d'un homme trop sensible pour supporter la vie en acceptant sa fin.

Tomas Gonzalez est né à Medellin, en Colombie, en 1950. Il a étudié la philosophie à Bogota, passé une vingtaine d'années aux Etats-Unis avant de rentrer vivre dans son pays, où il est aujourd'hui largement reconnu et commenté comme écrivain. L'histoire d'Horacio est son deuxième roman traduit en français après Au commencement était la mer (Carnets Nord, 2010). 

Je remercie les éditions Carnets Nord pour l'envoi de ce livre.

EDIT: Je viens de lire un excellent billet qui explique fort bien l'impression que laisse ce livre sur laquelle je peine à mettre des mots. C'est sur Le littéraire...

GONZÁLEZ Tomás, L'histoire d'Horacio, ed. Carnets Nord, septembre 2012, 224p., traduit de l'espagnol (Colombie) par Delphine Valentin.
GONZÁLEZ Tomás, La Historia de Horacio, ed. Norma, janvier 2001, 155p. 

3 commentaires:

  1. Une littérature qui m'est encore parfois hermétique.

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  2. Je redoute souvent les livres dans lesquels il y a beaucoup de personnages.

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  3. @Alex: Je connais peu la littérature sud-américaine mais à tord je crois. Il y a une ambiance assez particulière je trouve et des sujets assez profonds sans être nombrilistes. Il faudrait que je regarde tout ça de plus près.

    @Yv: Il doit y avoir une douzaine de personnages mais comme ils sont tous introduits en même temps et assez superficiellement dans un premier temps, on se sent un peu perdu au début du livre. Mais après quelques chapitres, on se familiarise avec cette famille. C'est comme d'arriver dans la réunion de sa belle-famille pour la première fois... Je pense que ce livre pourrait te plaire...

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