vendredi 18 juillet 2014

Ninive d'Henrietta Rose-Innes


Pour ceux qui aiment: J. M. Coetzee

Ninive est une ville de l'empire Assyrien antique. Aujourd'hui située près de Mossoul en Irak, elle était, jusqu'au VIème siècle avant J.-C., un important carrefour commercial, riche et parsemée de merveilleux palais, avant de s'effondrer sous les assauts des Babyloniens et des Mèdes (ou par punition divine selon l'Ancien Testament). Des inondations auraient également participé à la chute de sa massive muraille protectrice, conduisant à sa perte cette grandiose cité.

Le titre du premier roman traduit de l'auteur sud-africaine Henrietta Rose-Innes n'est ainsi pas complètement innocent. La Ninive moderne de son livre est une cité huppée, nouvellement construite dans la banlieue de Cape Town. Seulement voilà, une invasion de coléoptères a empêché jusqu'ici les nouveaux propriétaires de s'y installer. Le promoteur fait alors appel à Katya, de Painless Pests Relocation, une entreprise spécialisée dans la gestion des indésirables. L'occasion pour Katya d'une plongée étrange dans les racines et l'histoire de sa famille.

Comme une balade au fil de l'eau et du marais, j'ai suivi Katya à la découverte de Ninive et de sa nature cachée mais luxuriante. Il est difficile de décrire le thème central de ce roman, mélange entre un émerveillement pour le monde sous-terrain des insectes et autres nuisibles et belle réflexion sur l'héritage familial et la difficulté d'échapper à son influence aussi lourd soit-il. Katya est un personnage attachant, parfois impulsive, parfois contemplative; parfois grognon, d'autres fois drôle ou sensible. Elle est de plus entourée d'une brochette de personnages tout aussi originale et bien croquée, dont un père, Len, auquel elle a tenté d'échapper et qui refait pourtant surface dans les eaux boueuses de Ninive.

Ninive est un roman à l'intrigue simple mais étonnante, qui berce son lecteur tout en abordant des thèmes durs tels que la pauvreté des townships sud-africains, les inégalités frappantes de ce pays, ou la violence familiale. Je peine à vous expliquer pourquoi, mais c'est un roman qui m'a beaucoup plu et touchée.

Un roman sur l'amour filial au-delà des conflits et désaccords qui touche le lecteur sans le violenter.

L'univers de Ninive est aussi prenant, original, tragique que drôle. Ces qualités, l'héroïne du roman en hérite: Katya, la trentaine, vit au Cap dans une maison qui se fissure. Avec son entreprise de dératisation-désinsectisation, elle n'éradique pas, elle délocalise. Chenilles, geckos, pigeons, serpents, tous elle les déplace. Dans un monde chaotique, elle veut maintenir un ordre «humain» et «alternatif» et y trouver une place, elle dont les racines sont si peu profondes.

La nature dans ce roman n'est pas seulement belle et puissante, elle est bien souvent révélatrice des démons intérieurs des personnages, de ceux de Katya en particulier. Le regard que Katya porte sur elle-même, sur sa famille et sur le monde est lucide, insolite, captivant. Et tendre, malgré la violence.

Ce premier roman traduit en français d'Henrietta Rose-Innes, au ton aussi impertinent qu'empathique, confirme la réputation de cette Sud-Africaine comme l'une des jeunes voix les plus remarquables de la littérature très riche et vivante de son pays. Elle a figuré deux fois parmi les finalistes du
Caine Prize qu'elle a remporté en 2008.

Je remercie Babelio et les éditions Zoé pour la découverte de ce beau roman. Je suis maintenant très déçue d'avoir loupé l'auteur au Salon du Livre de Genève... Petit espoir pour le Livre sur les quais en septembre...

tous les livres sur Babelio.com

ROSE-INNES Henrietta, Ninive, ed. Zoé, avril 2014, 320p., traduit de l'anglais (Afrique du Sud) par Elisabeth Gilles
ROSE-INNES Henrietta, Nineveh, ed. Random House, août 2011, 207p.

6 commentaires:

  1. Oh mais ça m'a l'air tout à fait bien, ce roman... Afrique du Sud, l'inconnu ^_^

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    1. Ce n'est pas le propos principal du livre, mais on découvre quand même un peu le quotidien des gens en Afrique du Sud, et la ville de Cape Town. Je pense qu'il pourrait te plaire, il y a un joli côté nature writing sur les insectes et autres indésirables qui ont pourtant tout autant leur place dans "notre" monde ;-)

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  2. Ça a l'air plutôt original, une lecture différente de ce qu'on lit habituellement. Je note, je n'ai pas grand chose sur mes rayons côté littérature sud-africaine.

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    1. Le thème de la relation père-fille est commun mais il est vraiment amené de manière originale et les personnages sont attachants. Et sinon, côté sud-africain, avec la mort de Nadine Gordimer, ça vaut la peine de peut-être s'y intéresser de plus près... conseil qui s'applique également à moi ;-)

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    2. euuh une LC Nadine Gordimer ? hahaha ! Complètement partante mais quand, où la caser ? Et lequel ? ^^

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    3. Hé hé, très bonnes questions. Pas encore trouvé un titre qui me passionnait mais sauf erreur Le conservationiste et July's People sont ses plus connus. On a pas d'experts de Gordimer sur la blogo? Et pour la date, 14 juillet 2015 pour le premier anniversaire de sa mort (hum hum, je la joue large car je sais que je vais un peu trainer les pattes)?

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