La Fille Perdue de D.H. Lawrence


NOTE: 5/10
Pour ceux qui aiment: D.H. Lawrence. Je sais, ce n'est pas vraiment original mais je crois que cet auteur a un style bien à lui et qu'on adhère ou pas.

La Fille Perdue raconte l'histoire d'une jeune fille de bonne famille anglaise, Alvina, au début du 20ème siècle. Habitant la ville minière de Woodhouse, elle est soumise à toutes sortes de conventions, qui lui sont dictées par la morale et par son statut social. Elle va cependant s'affranchir des attentes qui pèsent sur elle et de ce milieu qui la destine à n'être qu'une charmante épouse, et va délaisser (on pourrait même dire échapper à) trois fiancés respectables, pour s'enfuir avec un saltimbanque italien, Ciccio. Eperdument amoureuse de ce dernier, au delà de toute raison, elle le suit en Italie, dans son petit village des Abruzzes et se "perd" physiquement et moralement.

Je suis totalement partagée sur ce livre. Pour commencer avec les notes positives, j'ai beaucoup aimé le thème de l'affranchissement de cette femme, qui fait ses propres choix, contre l'avis de sa famille et de toute la société, pour fuir un destin pré-déterminé. La Fille Perdue est dans ce sens une ode à la liberté de penser. La critique de la société anglaise du début de siècle est également savoureuse: sur ce point, j'ai beaucoup aimé la première partie du livre sur le père d'Alvina, un tailleur qui propose des vêtements trop anti-conformistes pour les habitants de Woodhouse. J'ai également lu avec beaucoup d'intérêt les passages sur le début du cinéma et les autres entreprises du père d'Alvina. Cependant, j'ai trouvé les chapitres qui traitent des Natcha-kee-Tawara, la troupe d'artistes dont Ciccio fait partie, ennuyeux et terriblement longs. Heureusement, le livre se rattrape sur la fin, avec le départ d'Alvina et de Ciccio pour l'Italie, à la veille de la Première Guerre mondiale. Ces quelques derniers chapitres sont vraiment excellents et on sent que les descriptions de cette Italie pré-industrielle sont directement inspirées du séjour de l'auteur dans ce même village des Abruzzes. Le style de D.H. Lawrence devient plus lyrique, avec beaucoup de descriptions de paysages, de fleurs, opposées au caractère un peu rustre des Italiens. Cette partie italienne est malheureusement trop courte à mon goût et arrive bien tard dans l'histoire.

Vous allez me dire, pourquoi une note de 5/10 alors? Pour deux raisons principales. La première, et pas des moindres, est que j'ai trouvé l'histoire peu vraisemblable. D.H. Lawrence fait une sorte d'éloge à l'amour charnel. Cependant, le personnage de Ciccio m'a donné l'impression d'être un idiot, inculte et un peu sauvage, qui refuse de discuter sérieusement avec Alvina et dont la conversation est plus que limitée. Alors oui, je suis peut être trop "conventionnelle", mais l'amour charnel, ça va un moment. Je doute qu'une héroine telle qu'Alvina puisse se contenter d'un Ciccio. Quant aux autres amourettes d'Alvina, j'ai vraiment senti que le livre était écrit par un homme, et les sentiments et impressions semblent juste décalés, irréalistes et improbables, au contraire d'un livre de Jane Austen par exemple. Au final, je n'ai pas vraiment vibré avec les personnages.
Le deuxième point gênant de ce livre est tout simplement le style de D.H. Lawrence. Et là, je sais que cet auteur est un monument de la littérature anglaise, mais j'ai trouvé son style trop répétitif. Des comparaisons et des descriptions entières, répétées dans la même page, cassent vraiment le rythme du livre, qui pourrait facilement être raccourci d'une centaine de page. Ok, là j'exagère un peu mais bon... De plus, je déteste l'emploi des "mais" en début de phrase, à moins que ce ne soit un effet donné par le traducteur. Sur ce point, j'accorde donc à D.H. Lawrence le bénéfice du doute.

Au final, La Fille Perdue est un bon livre, sans plus, que je ne re-lirai sans doute pas, et qui ne m'a pas vraiment donné envie de découvrir d'autres romans de l'auteur tels que L'Amant de Lady Chatterley. Cependant, la partie sur l'Italie m'ayant vraiment plue, je me tournerai plus volontiers vers ses récits de voyages sur l'Italie, tels que Twilight in Italy ou Sea and Sardinia.

Alvina, une jeune fille de bonne famille désargentée, découvre l'amour entre les bras d'un Italien, beau mais un peu fruste. Au mépris de toutes les conventions, elle le suit dans son pays. Perdue pour la morale, perdue dans un monde primitif dont elle n'a pas les clés, Alvina se découvre elle-même. Peinture au vitriol de la société de province, fresque historique de l'Angleterre et de l'Italie au seuil de la Première Guerre mondiale, hymne à l'amour charnel et à l'instinct vital : trois motifs qui s'entremêlent ici dans un récit vigoureux, d'une fraîcheur déconcertante. Par l'auteur de L'Amant de Lady Chatterley.

Un avis plus enthousiaste chez Armande.

Je remercie BOB et les éditions Livre de Poche pour cet envoi, qui m'a permis d'enfin découvrir cet auteur.


LAWRENCE D.H., La Fille Perdue, ed. Livre de Poche (LGF), 2007, 537 p.
LAWRENCE D.H., The Lost Girl, Cambridge Edition, 1981 (texte de base pour la traduction)

Commentaires

  1. J'ai vu effectivement la critique chez Armande, et comme j'ai lu L'amant de Lady Chatterley il y a peu, je suis assez intéressée pour lire autre chose de lui... Je note donc tout de même, tout en me disant que ce n'est certainement pas pour tout de suite ! :)

    RépondreSupprimer
  2. A part un poème que j'avais beaucoup aimé, je n'ai jamais rien lu de D.H. Lawrence, je l'avoue, et même pas "L'amant de Lady Chatterly". Ce que tu dis dans ton billet à propos de l'incapacité de Lawrence d'entrer dans la psychologie de son héroïne et de sa propension (si je puis dire) à se limiter à sa perception "masculine" contrairement à Austen m'a beaucoup intéressée. Je me demande vraiment comment est écrit "L'amant de Lady Chatterly" et si on retrouve cette perception unilatérale de l'auteur dans cet autre roman.
    Désolée d'avoir annulé mon commentaire précédent. C'était le même, mais il y avait au moins 3 fautes d'orthographe. Quelle honte... Bravo pour ton billet;)

    RépondreSupprimer
  3. @Alwenn: Je pense que si tu as aimé L'Amant de Lady Chatterley, tu devrais aimer La Fille Perdue. Les aspects qui m'ont le plus gênée dans ce livre sont liés au style et à la façon de voir les choses de l'auteur et donc si ça ne t'a pas choquée dans l'Amant...

    @Hermione: Merci pour ton commentaire. C'est vrai que ça m'intrigue de savoir si cet aspect se retrouve dans l'Amant.. Plusieurs fois durant le livre, je me suis dit "mais non, Alvina ne penserait pas ça...". J'attends d'avoir tes impressions si tu te lances dans un D.H.L.

    RépondreSupprimer
  4. ah, mais comment faites-vous pour avoir des livres grace à blog-o-book?

    RépondreSupprimer
  5. Ado, j'avais bien aimé L'amant de lady.... mais je n'ai lu que ce roman de D.H.Lawrence 8 Le sujet me tente bien, je note quand même !

    RépondreSupprimer
  6. @Hildebald: euh, je ne sais pas vraiment, l'équipe de BOB te contacte elle-même. As-tu ton mail affiché sur ton blog?

    @Freude:le sujet est intéressant c'est vrai, et D.H aurait pu développer aussi le thème du racisme à l'aube de la Première Guerre Mondiale, auquel il fait allusion dans certains chapitres. J'aurais vraiment trouvé ça passionnant.

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

L'amie prodigieuse d'Elena Ferrante

Blog-anniversaire: 8 ans déjà!

Vie et oeuvre de Constantin Erod de Julien Donadille