mardi 17 mai 2011

Room d'Emma Donoghue


Pour ceux: qui ont suivi avec effroi les affaires Kampusch et Fritzel

Jack a cinq ans et vit avec sa maman dans une petite pièce. Ses journées sont rythmées par les différents jeux inventés par Ma, ses émissions préférées à la télévision qu'il pense être le reflet d'un monde imaginaire, et les visites d'Old Nick, leur seul lien avec l'extérieur, ce grand inconnu. Mais quand sa mère lui explique que tout un monde existe en dehors de la pièce, c'est tout son univers qui s'effondre.

Room, shortlisté pour le Man Booker Prize, a été une des petites sensations littéraires de ce début d'année chez nos voisins anglophones. Tout d'abord très dubitative sur le narrateur enfant (cinq ans en plus...), un procédé qui me plait rarement, je dois avouer avoir été séduite par ce roman.

Jack est un enfant de cinq ans singulier, totalement "retardé" par certains aspects mais d'un autre côté excellent lecteur et capable de compter sans difficulté. A travers son récit, au ton si particulier, le lecteur entre vraiment dans l'intimité de Jack et de Ma et partage leur emploi du temps chronométré, partagé entre jeux, éducation physique, chants et repas. Jack est un personnage attachant, perturbé par le monde qu'il découvre et les jeux de mots et images qu'il ne comprend pas. Il nous offre ainsi quelques belles réflexions sur notre société et notre comportement. Le personnage de Ma est tout aussi fascinant et on ne peut qu'admirer son ingéniosité pour occuper et protéger Jack et sa persévérance face à cette situation cauchemardesque. J'ai aimé découvrir le monde de ces deux personnages et leur évolution, influencée par le décalage de leurs sentiments envers la pièce qu'ils habitent (Room): seul univers connu et familier pour Jack contre prison pour Ma. Le seul petit bémol, et ce serait plutôt une petite irritation, concerne l'obsession de Jack pour l'allaitement. Ok, d'accord, donner le sein à un gamin de cinq ans est "anormal" et peu figurer la symbiose qui existe entre Jack et Ma. Mais tout de même, y-a-t-il besoin de revenir la dessus si souvent?

Room est un roman inspiré des faits divers cités plus haut qui ont fait froid dans le dos à toute la planète. Emma Donoghue a su écrire un récit douloureux mais attachant sur la relation fusionnelle d'une mère et de son fils et sur l'apprentissage et le développement d'un enfant. Tout en restant relativement proche de ce que les victimes de ces drames ont dû vivre, Room ne verse jamais dans le voyeurisme macabre ou le sensationnalisme mal placé. Sans que ce soit un coup de coeur, c'est tout simplement un récit bien foutu et bien pensé, avec un style original et un suspens maintenu. Il devrait sans aucun doute faire des ravages à sa sortie en français (ça ne devrait pas trop tarder). Préparez-vous!

"It's Jack's birthday, and he's excited about turning five. He lives with his Ma in Room, which has a locked door and a skylight, and measures 11 feet by 11 feet. He loves watching TV, and the cartoon characters he calls friends, but he knows that nothing he sees on screen is truly real - only him, Ma and the things in Room. Until the day Ma admits that there's a world outside..."

Lecture commune avec Virginie et Valérie dont je suis curieuse de connaitre l'avis. A voir aussi le site du livre.

DONOGHUE Emma, Room, ed. Picador, décembre 2010, 401p.

16 commentaires:

  1. Je te rejoins sur le fait que l'auteur insiste beaucoup sur l'allaitement, sans doute pour souligner, s'il était encore besoin, la totale fusion entre Jack et Ma, et insister sur la difficile mais nécessaire séparation des deux lors de leur (ré) intégration dans le vrai monde. A part ça, j'ai beaucoup aimé ce roman !

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  2. Comme toi, l'idée du narrateur enfant me laissait dubitative. Mais finalement, ça ne m'a pas gênée. Et l'insitance sur l'allaitement qui n'est pas nommé non plus. Il me semble que c'est important car c'est le symbole de l'indépendance (très progessive et relative ) de Jack à la fin.

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  3. Non, la scène peu crédible pour moi, c'est celle où il s'enfuit dans le tapis sans que l'homme ne vérifie. Il me semble qu'un homme qui a fait si attention ne ferait pas cette erreur.

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  4. J'ai deux autres titres de cette auteure irlandaise dans ma PAL mais ils sont tous deux axés "historique". Mais je note celui-ci car tu m'as donné l'envie de le lire !

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  5. Ah ben j'aurais bien fait cette lecture commune avec vous mais bon, je suis passée à côté du rendez-vous.
    Je me note ce livre en tout cas, je sens qu'il me plairait bien.

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  6. Un coup de coeur pour moi!
    Je me souviens que tu étais déjà impatiente de le lire quand j'en avais parlé chez moi ;-)

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  7. Vivement sa sortie en France, alors...

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  8. Je ne suis pas très tentée, malgré ton billet très intéressant...

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  9. @Virginie: Je pense que c'était effectivement le but pour l'allaitement mais quand même, la répétition m'a fait un peu tiquer... Trois lectrices séduites donc, on n'a pas fini d'entendre parler de ce livre à mon avis.

    @Valérie: D'accord avec toi pour le symbole de l'allaitement mais bon, après une dizaine d'allusions, on a compris ;-)

    !!!SPOILER!!!Oui, je pensais à cette scène aussi, depuis la maladie et le tapis, jusqu'à la rencontre avec le chien. Le fait qu'il parte sans demander son reste aussi. M'enfin, il fallait bien trouver une solution pour les faire sortir. Et dans les affaires Kampusch et Fritzl, c'est aussi, si je me souviens bien, des petites erreurs et relâchements qui ont mené à leur libération.

    @Joelle: Deux titres? Tu en avais entendu parler en bien? Je serais assez curieuse de découvrir un autre de ses livres, surtout si c'est complètement différent mais aussi bien pensé. J'attends tes avis avec impatience ;-)

    @A girl from earth: J'espère que tu ne seras pas déçue. Le thème était "casse-gueule" mais Emma Donoghue s'en est très bien sortie selon moi.

    @Enna: Oui, oui, ton billet avait encore ajouté à l'impatience avant la sortie en paperback (vilaine ;-)) Voilà, curiosité assouvie et une très bonne lecture pour moi aussi. Il manque le coup de coeur mais je ne peux pas vraiment expliquer pourquoi.

    @Alex: Après info de l'Ogresse, il devrait sortir chez les éditions Stock. Vu l'engouement, ça ne devrait pas trop trainer...

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  10. Ce genre d'histoires ne m'attire vraiment pas.

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  11. @Véronique: Je pense que ça va être difficile d'y échapper à sa sortie en français.

    @Manu: Ben, à la base, elle ne m'attirait pas vraiment non plus. Quand la longlist du Booker est sortie, je n'avais pas vraiment relevé Room. Je l'avais même casé avec La Gifle de Tsiolkas dans la catégorie "pas fait pour moi". Mais voilà, à force de lire d'excellentes critiques dans absolument tous les journaux anglophones, ça a éveillé ma curiosité. Au final, ce n'est pas un coup de coeur mais j'ai trouvé le livre vraiment bien fait et intéressant. A toi de voir...

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  12. En effet, pas un coup de coeur pour moi non plus. J'avais lu comme toi d'excellentes critiques. Pas déçue, mais pas emballée non plus.

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  13. @Jackie Brown: Même sentiment pour moi mais comme le sujet ne me tentait pas du tout à la base, j'admire le talent d'Emma Donoghue qui a réussi à vraiment m'accrocher avec cette histoire de relation mère-fils. Je suis sûre que les lecteurs plus sensibles à ce sujet vont vraiment aimer.

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  14. C'est assez épouvantable mais tu m'intrigues... je note le titre et verrai si je le trouve facilement lorsque j'aurai un petit fait baisser ma PAL British.

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  15. @Lou: Ah oui, le contexte est franchement horrible mais il n'y a au final rien de glauque dans ce livre, le thème est très bien traité.

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