Maurice Audin: La Disparition de François Demerliac (DVD)


Algérie, années 50 : Maurice Audin est un jeune assistant de mathématiques français, à l’Université d’Alger. Également membre du parti communiste et militant pour l’indépendance algérienne, il  est arrêté à son domicile le 11 juin 1957. Soupçonné d’avoir hébergé le premier secrétaire du Parti communiste algérien (PCA), Larbi Bouhali, lors de sa fuite vers l’étranger, il est torturé par les services français avant de disparaitre. Sa femme, Josette Audin, et ses trois enfants tenteront en vain, pendant plus de 50 ans, de reconstituer les faits de la disparition de Maurice Audin, officiellement évadé, mais probablement mort suite aux sévices subis lors de son interrogatoire.

Ce documentaire est basé sur l’enquête de l’historien Pierre Vidal-Naquet qui a pris faits et cause pour cette affaire dès 1958 en publiant L’affaire Audin, un livre-enquête qui réfute la thèse de l’évasion et dénonce les actes de tortures perpétrés en Algérie. La Disparition reprend ainsi les conclusions de Vidal-Naquet et reconstruit la suite d’événements, démontrant l’absurdité du scénario officiel de l’évasion, toujours soutenu par les autorités françaises. Malgré de nombreuses enquêtes judiciaires et interpellations politiques (la dernière datant de 2007 quand Josette Audin écrivit à Nicolas Sarkozy), la vérité sur la disparition de Maurice Audin n’est toujours pas connue et son corps n’a jamais été retrouvé.

J’ai trouvé intéressant d’entendre les témoignages des acteurs directs de cette affaire sinistre, à l’image de Josette Audin qu’on sent profondément marquée par la disparition de son mari, qui deviendra la cause d’une vie entière. Témoignent également Henri Alleg, directeur à l’époque de journal Alger Républicain et dernière personne à avoir aperçu Maurice Audin suite à son arrestation, et Robert Badinter qui défendra l’affaire Audin. La voix algérienne est aussi présente, grâce, en autre, aux témoignages d’Abdelmajid Azzi, ancien combattant de l’ALN et Mohammed Harbi, historien algérien et membre du FLN. Ces derniers font écho à de courts entretiens avec d’anciens militaires français ayant assisté à des scènes de tortures. Prenant comme point de départ l’affaire Audin, La Disparition offre ainsi un témoignage plus large sur la pratique de la torture en Algérie et sur l’atmosphère délétère qui régnait à cette époque.

On sent très bien qu’on a affaire ici à un documentaire plus militant qu’historique. Une seule version de l’affaire y est présentée et aucun militaire impliqué dans l’affaire ou représentant du gouvernement n’est interviewé (ou n’a souhaité participer) à ce film. La Disparition demeure le témoignage d’une affaire emblématique de torture, symbole des milliers d’autres cas de torture perpétrés en Algérie, et à travers le monde jusqu’à nos jours.

La Disparition est complétée par les interventions de deux historiennes, Sylvie Thénault et Raphaëlle Branche, qui apportent un peu de contexte à ce documentaire. Je regrette un peu la forme entretien de 10-15 minutes sur fond noir, un peu banale et ennuyeuse, alors que les informations données sont vraiment intéressantes : je pense en particulier aux explications sur la position du parti communiste et sur les commissions de sauvegarde, dont je peinais jusqu’ici à comprendre les rôles. Également en bonus, un court entretien avec le réalisateur, François Demerliac.

Un documentaire militant sur la disparition de Maurice Audin, comme un appel à ne pas oublier ces affaires, qui après 50 ans, n’ont toujours pas trouvé de conclusion. Un manifeste pour le devoir de mémoire et le droit à la vérité que j’ai trouvé intéressant mais (logiquement) incomplet et partial.

1957 - Alger. Le mathématicien Maurice Audin est arrêté par les parachutistes français. Sa femme et ses trois enfants ne le reverront plus jamais. Il est peu après déclaré « évadé » par l’armée. Il avait 25 ans.
2012 - Malgré 50 ans d’enquêtes et de procès, la justice a refermé ses dossiers sans condamner les coupables ni reconnaître les faits : la torture et l’assassinat. Les souvenirs s’estompent, les documents se perdent et les derniers témoins disparaissent à leur tour. Après celle de Maurice Audin, nous assistons à une nouvelle disparition : celle de la mémoire. À l’aide de témoins historiques, le film revisite la Guerre d’Algérie à travers le destin d’un individu, devenu le tragique symbole de ce conflit sans nom.
Je remercie les éditions Montparnasse pour l’envoi de ce DVD. Définitivement, il aura fallu le 50ème anniversaire de la fin de cette guerre pour que commence à démêler les fils de ces événements.

La Disparition, réalisé par DEMERLIAC François, ed. Montparnasse, février 2012, durée totale : 2h12 (film : 1h10 et bonus: 1h02)

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