Blackout de Connie Willis

Pour ceux qui aiment: Ronde de nuit de Sarah Waters avec un twist voyage dans le temps

En 2060, le rêve de tout historien est enfin devenu possible: remonter le temps pour pouvoir assister aux grands événements de l'Histoire, des croisades aux tractations secrètes de la guerre froide. L'Université d'Oxford, toujours à la pointe, envoie ainsi des historiens à travers les époques afin qu'ils étudient de près les moments charnières de l'Histoire. Les départs pour la deuxième guerre mondiale semblent très prisés; Melope se retrouve ainsi en 1940 à s'occuper d'un groupe d'enfants évacués au nord de l'Angleterre; Michael est chargé d'étudier l'évacuation de Dunkerque; Polly débarque à Londres en plein Blitz; et enfin Mary intègre un groupe de FANYs responsables de la conduite d'ambulances.
Mais comment vont-ils réagir quand leur mission, si minutieusement préparée, se voit prolonger et que leur retour en 2060 est compromis? Et si les lois qui empêchent les historiens de modifier les évènements du passé semblaient tout à coup s'assouplir? L'issue de la guerre pourrait-elle en être modifiée?

Je lis très peu de SF mais il y a un thème auquel je résiste très difficilement: les voyages dans le temps (ça doit être mon côté génération Retour vers le futur). L'intrigue de Blackout m'a ainsi tout de suite attirée et il a très vite rejoint ma PAL (en 2012 donc, hum hum!).

Envoyer des historiens dans le passé pour qu'ils puissent étudier de plus près les réactions des contemporains, quelle idée géniale! Connie Willis a, à mon sens, très bien réussi à recréer l'ambiance de cette Angleterre des années 40, isolée, attaquée mais fière et déterminée à résister. J'avais bien sûr étudié le Blitz, Dunkerque et les évacuations en cours, mais de manière un peu froide et distante (et oui, l'histoire diplomatique se concentre  sur les grands de ce monde plutôt que sur la population civile). Avec Blackout, j'ai vraiment plongé dans la vie des londoniens pour vivre la peur des bombardements permanents, le rationnement et l'incertitude sur l'issue de la guerre. Willis ravive cette époque grâce à des petits détails quotidiens: les affiches des magasins, les tenues, la vie d'une vendeuse d'Oxford Street, les soirées passées dans les abris, l'ambiance au sein des FANYs, etc. 

A sa sortie, j'avais lu plusieurs critiques assassines sur ce livre, qui moquaient les erreurs grossières contenues dans le livre, une histoire d'arrêt de métro qui n'existait pas à l'époque si je me rappelle bien. C'est bien sûr malheureux et facilement attaquable sur un roman écrit par un auteur américain (en plus!). Mais personnellement, je ne suis pas suffisamment calée sur cette période ou tatillonne pour aller tout contrôler et ces erreurs ne m'ont ainsi pas vraiment gênée.

J'ai trouvé les personnages attachants et j'ai aimé le traitement de leur décalage par rapport aux contemporains, grâce à leur connaissance des événements à venir... puis au fur et à mesure, les incertitudes grandissantes qui les rapprochent de plus en plus des londoniens des années 40.

Pleins de côtés positifs donc, mais aussi beaucoup de longueurs et de répétitions. A mon avis, le livre aurait très bien pu être raccourci d'une (même deux) bonne centaine de pages et une fusion avec le deuxième tome, All Clear, aurait était totalement envisageable... mais probablement moins "bankable". Je suis la victime parfaite: malgré un petit agacement sur la fin, je lirai probablement le deuxième tome.

Des longueurs indéniables, quelques erreurs historiques et des petites facilités dans l'intrigue, mais dans l'ensemble, un très bon moment de lecture et une plongée bluffante au coeur du Blitz.

Oxford, futur proche. L’université est définitivement dépoussiérée : historien est devenu un métier à haut risque. Car désormais, pour étudier le passé, il faut le vivre. Littéralement.
Michael Davies se prépare pour Pearl Harbor, Merope Ward est aux prises avec une volée d’enfants évacués en 1940, Polly Churchill sera vendeuse en plein coeur du Blitz, et le jeune Colin Templer irait n’importe où, n’importe quand, pour Polly…
Ils seront aux premières loges pour les épisodes les plus fascinants de la Seconde Guerre mondiale. Une aubaine pour des historiens, sauf que les bombes qui tombent sont bien réelles et une mort soudaine les guette à tout moment. Sans parler de ce sentiment grandissant que l’Histoire elle-même est en train de dérailler.
Et si, finalement, il était possible de changer le passé ?

WILLIS Connie, Blackout, ed. Gollancz, mars 2012, 608p.
WILLIS Connie, Black-out, ed. J'ai Lu, mars 2014, 796p.

Commentaires

  1. On retrouve quand même un peu de Sans parler du chien, alors?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je n'ai pas encore lu Sans parler du chien bien qu'il soit noté une bonne dizaine de fois sur ma LAL. Mais oui, effectivement, l'idée de départ est vraiment similaire. Je me demande d'ailleurs s'il n'y a pas un lien quelque part...

      Supprimer
  2. Oooh je note ! J'ai Sans parler du chien dans ma PAL depuis... pfiou... je compte plus les années. Celui-là me tente encore plus !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'ai lu quelques avis comparant les deux et apparemment, les lecteurs ont l'air plus charmés par Blackout... Bon, je sais, ça n'aide pas ta PAL, surtout que celui-ci compte deux opus.
      Les longueurs dans Blackout sont vraiment parfois rédhibitoires mais malgré ça, l'ambiance reste excellente. J'espère que pour toi aussi, les défauts du roman n'entacheront pas ta lecture...

      Supprimer
  3. Tiens, il semble que mon commentaire n'ait pas suscité d'ennuis , en effet certains blogs blospot les considèrent comme malveillants et là j'enquête; tu me dis si ça passe bien ou si tu dois le supprimer? (en fait il me faut un blog blogspot qui modère les commentaires, mais sans codes, le tien convient)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Pas de problèmes de mon côté. Ton commentaires n'apparait pas dans les spams et il passe très bien. Bizarre quand même ces commentaires sur blogspot. J'avais perso pleins de problèmes quand j'ai installé un captcha.

      Supprimer
  4. Je t'avoue que les erreurs historiques dont j'avais entendu parler dans ce livre m'avaient dissuadée de le noter. Je vais peut-être reconsidérer la chose ;)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'avais hésité moi aussi. Et puis au final, je me suis dit que ça reste un roman. C'est vrai que des erreurs bêtes comme ça auraient très bien pu être évitées mais en même temps, l'ambiance générale est, je pense, plutôt bien rendue et c'est ce qui m'a plu. Si tu tombes dessus, tu peux sans autre te laisser tenter ;-)

      Supprimer
  5. Pas fan de SF, mais le côté historique paraît intéressant.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je parle de SF mais franchement, les voyages dans le temps mis à part, il n'y a pas du tout de surnaturel dans ce roman qui se focalise au contraire sur l'aspect "fidélité à l'Histoire" et réalisme. A mon avis, tu peux y aller sans problème!

      Supprimer
  6. J'ai adoré "Sans parler du chien" et j'avais acheté celui-ci (moins d'un euro lors d'une promo en ebook, à mon avis une erreur sur le site marchand mais j'ai foncé) dans la foulée. Et comme j'ai aussi beaucoup aimé "Ronde de nuit", je dois être la cible idéale ;-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Effectivement, ça s'annonce plutôt bien pour ta lecture... et au pire, à 1 euro, ça ne sera pas un drame ;-) Je pense lire d'abord le second tome All Clear mais je me pencherai peut-être à l'avenir sur Sans parler du chien.

      Supprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

L'amie prodigieuse d'Elena Ferrante

Blog-anniversaire: 8 ans déjà!

Vie et oeuvre de Constantin Erod de Julien Donadille