Adolfo Kaminsky, une vie de faussaire de Sarah Kaminsky

Billet très retardataire du Prix ELLE 2010

Après Owen Matthews qui nous livrait le destin passionnant de ses parents, voici Sarah Kaminsky qui nous offre dans ce livre les souvenirs de son père, Adolfo Kaminsky. Juif, apprenti teinturier et passionné de chimie, il entre en contact en 1943, à l'âge de 17 ans, avec la Résistance française, après avoir échappé de justesse à Drancy et au sort funeste qui l'attendait. Dès lors, il devient le faussaire de Paris, servant successivement la Résistance française, les mouvements clandestins d'émigration juive en Palestine, le FLN et la lutte pour la décolonisation de l'Algérie et de nombreuses autres luttes révolutionnaires à travers le monde, avant de se retirer définitivement en 1971.

Sarah Kaminsky nous explique les engagements de son père, sa philosophie, ses raisons et son ingéniosité pour toujours contrer les nouvelles difficultés des papiers à falsifier. J'ai beaucoup aimé découvrir la vie de faussaire d'Adolfo Kaminsky et ce monde sous-terrain et caché.

Tout d'abord gênée par la forme (une sorte de dialogue entre Sarah Kaminsky et son père avec l'emploi du "je" pour les souvenirs évoqués), j'adhère au final à ce choix après avoir lu chez Sophielit, qui a eu la chance de rencontrer l'auteure, que Sarah Kaminsky s'était finalement décidée pour cette forme pour ne pas avoir l'impression d'écrire la nécrologie de son père encore vivant.

A noter également que Sarah Kaminsky a préféré se concentrer sur la vie "professionnelle" de son père, sur ses activités de faussaire et non sur sa vie personnelle, mises à part quelques allusions très rapides à ses différentes partenaires. Un choix qui ne m'a personnellement pas gênée, mais, ayant eu maintenant un aperçu de la personnalité singulière d'Adolfo Kaminsky, j'en aurais volontiers appris d'avantage sur sa vie de famille.

Un livre passionnant donc, un destin hors du commun raconté ici à travers les souvenirs d'Adolfo Kaminsky confiés à sa fille, avant que ces derniers ne se perdent, "avant qu'il ne soit trop tard".

Photo: Ouest France
«Rester éveillé. Le plus longtemps possible. Lutter contre le sommeil. Le calcul est simple. En une heure, je fabrique trente faux papiers. Si je dors une heure, trente personnes mourront... » Quand, à 17 ans, Adolfo Kaminsky devient l'expert en faux papiers de la Résistance à Paris, il ne sait pas encore qu'il est pris dans un engrenage infernal, dans une course contre la montre, contre la mort, où chaque minute a la valeur d'une vie. Durant trente ans, il exécutera ce méticuleux travail de faussaire pour de nombreuses causes, mais jamais pour son propre intérêt. A travers son destin romanesque, et sous la plume de sa fille Sarah, on plonge au coeur d'une histoire de clandestinité, d'engagement, de traque et de peur. En arrière-plan du récit de sa vie se dessine le spectre d'un siècle où s'affrontent sans merci pouvoirs politiques, haines raciales, idéologies et luttes des peuples pour leur liberté et la dignité humaine. La Résistance, l'émigration clandestine des rescapés des camps avant la création d'Israël, le soutien au FLN, les luttes révolutionnaires d'Amérique du Sud, les guerres de décolonisation d'Afrique, l'opposition aux dictateurs d'Espagne, du Portugal et de Grèce, sont autant de combats pour lesquels il s'est engagé, au risque de sa vie et au prix de nombreux sacrifices. S'il a rejoint des causes en apparence contradictoires, Adolfo Kaminsky est toujours resté fidèle à ses convictions humanistes, à sa volonté de bâtir un monde de justice et de liberté.

Livre lu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices de ELLE 2010 / catégorie document

KAMINSKY Sarah, Adolfo Kaminsky, une vie de faussaire, ed. Calmann-Lévy, septembre 2009, 259p.

Commentaires

  1. ça me tente vraiment, il y avait apparemment de bons documents cette année !

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  2. Un très beau billet qui me donne très envie de découvrir ce livre. Bon courage pour les températures canulaires! ;)

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  3. Il me semble bien l'avoir entendu dans une émission de Daniel Mermet, sur France Inter.

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  4. @Clara: Hi hi, je dois avoir un côté assez douteux car les faussaires m'ont toujours fascinée ;-)

    @Mathilde: Après un début difficile, oui, les documents sont devenus de plus en plus intéressants. Celui-ci est très bien mais je t'avoue une préférence pour les Enfants de Staline d'Owen Matthews.

    @Hermione: Il est chez Caro mais devrait rejoindre ma bibliothèque bientôt si tu es intéressée. Et alors, il est pour quand ce prochain billet sur ton blog?

    @Yv: Je n'ai malheureusement pas France Inter mais je trouve qu'il faut profiter de ces personnages qui ont participé de si près aux grandes luttes du XXème siècle. Ce sont des témoignages à ne pas perdre.

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  5. Je suis très intéressée par les documentaires de ce genre. Du coup, je le rajoute à ma LAL.

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  6. @Belledenuit: Je me réjouis de lire ton billet. C'est un témoignage rare et différent. Très bonne lecture.

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  7. J'ai vu le film "Les faussaires" cet après-midi même, aussi le thème me tente t-il, mais ce que tu dis de la forme me freine... si je le croise je le feuilletterai pour prendre ma décision!

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  8. @La Nymphette: La forme est assez surprenante au début. Je ne comprenais pas l'emploi du "je" alors que le livre était écrit par sa fille. Mais au final, on s'habitue et on a l'impression qu'Adolfo Kaminsky est devant nous et nous raconte son histoire. Sarah Kaminsky n'intervient qu'à quelques reprises, en début de chapitre, pour relancer la thématique. J'espère que tu ne te bloqueras pas sur cette forme car le récit est vraiment intéressant.

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