mercredi 17 février 2010

Les Insomniaques de Camille de Villeneuve


Les Insomniaques raconte la vie des descendants du Marquis Jean-André d'Argentières, avec comme point de départ la mort de ce dernier en 1946. Le lecteur suit quatre générations de cette famille noble à travers les tracas de l'histoire de France, de l'après-guerre jusqu'à l'aube du XXIème siècle. Camille de Villeneuve aborde ainsi la guerre d'Indochine et la guerre d'Algérie, en passant par des thèmes aussi divers que la montée du féminisme en France ou les années SIDA. Les Insomniaques se concentre toutefois principalement sur le déclin de cette noblesse, qui lutte pour conserver ses avantages, et qui préfère s'appuyer sur son passé glorieux plutôt que de s'adapter à une nouvelle époque.

J'aime beaucoup les sagas familiales et les Insomniaques entre totalement dans cette catégorie en suivant l'évolution des Argentières sur un demi-siècle. J'ai bien aimé l'ambiance du livre et les descriptions de cette noblesse confrontée à un nouveau siècle moins clément à leurs égards. Le style est également agréable et plutôt mature pour une auteure de 28 ans. Enfin, j'ai trouvé la généalogie fournie au début du livre très pratique pour suivre tous les personnages et leurs liens familiaux.

Pas de fausse note pour ce livre à première vue et j'ai été séduite par la première partie des Insomniaques. Mais voilà, après plusieurs centaines de pages, j'ai commencé à ressentir une certaine lassitude. J'avais l'impression de lire une succession d'événements sans réels liens et j'ai trouvé que les personnages n'étaient pas traités en profondeur. Le lecteur ne fait que de jongler de l'un à l'autre sans vraiment s'y attacher et donc sans vraiment s'intéresser à leur sort. Je pense que ce livre aurait bénéficié d'être raccourci d'une centaine de pages pour conserver le plaisir du lecteur, qui, à force, se noie dans des événements superflus.

Les Insomniaques demeure toutefois une lecture sympathique. Un bon premier roman pour Camille de Villeneuve, et une auteure sur laquelle je garderai un oeil à l'avenir.

A la mort en 1946 du vieux marquis d'Argentières, ses héritiers se voient contraints de renoncer au train de vie qui fut le leur durant des siècles. Ils vont désormais s'appliquer à en conserver l'essentiel - un château en Anjou et un hôtel particulier à Paris - alors que, pendant plus d'un demi-siècle, la France connaît des bouleversements : guerres d'Indochine et d'Algérie, Mai 68, loi IVG, années Sida, crises économiques, etc. Ces événements, les Argentières les vivront à leur manière, à la fois dans et hors du temps, comme s'ils ne pouvaient pas se laisser emporter au creux du fleuve de l'existence ordinaire. Persuadés d'être protégés par la grandeur passée de leurs ancêtres, ces personnages fiers et fragiles tenteront, tout au long de ce roman foisonnant, de répondre à la question insistante qui leur est posée - à eux, mais aussi à chacun de nous : comment porter le poids d'une histoire familiale ? Ou peut-être, plus encore : comment s'en libérer ?

Camille de Villeneuve a vingt-huit ans. Avec Les insomniaques, elle signe son premier roman.


Lu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices de ELLE 2010 / catégorie roman

D'autres avis chez Marie-Claire, Sophielit, Armande, Solenn, Flora, Bookomaton et Jostein qui soulignent presque tous le potentiel de l'auteure sans vraiment avoir été séduits par ce premier essai.

de VILLENEUVE Camille, Les Insomniaques, ed. Philippe Rey, août 2009, 603p.

9 commentaires:

  1. Je ne suis pas particulièrement attirée par les sagas familiales et celle-ci est beaucoup trop récente pour moi, je préfère quand les histoires de famille traversent une période plus anciennes.

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  2. @Ys: Je préfère également les sagas familiales antérieures aux années 50 mais dans ce cas, les personnages sont tellement tournés vers le passé, qu'on oublie qu'ils sont sensés vivre à notre époque...

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  3. Je ne suis pas tellement versée dans les sagas familiales, ces temps-ci, mais peut-être qu'un jour, cette lecture pourrait bien me tenter. Ce n'est pas un roman, donc? C'est davantage un essai historique?

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  4. Un sujet classique qui me fait penser au Malaren que j'ai lu la semaine dernière et, plus encore, aux "Aristocrates" de Michel de Saint-Pierre. Je note la référence dans ma mémoire: le livre de Mme Villeneuve apporte certainement un autre regard encore sur la question. Ne serait-ce que du fait de l'époque peinte.

    Merci du tuyau!

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  5. une lassitude pour moi aussi, arrivé à la moitié du roman, je n'ai pas eu le courage de poursuivre

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  6. Oulala, le sujet ne me tente absolument pas :/

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  7. @Hermione: Non, c'est bien un roman mais les personnages vivent les grands événements historiques de la deuxième moitié du XXème siècle. Bon, ça reste quand même très en surface. Mais si tu es tentée, je te le prête volontiers...

    @DF: Je n'ai pas lu les ouvrages que tu mentionnes mais je les note à mon tour. Je serais curieuse de connaître ton avis sur Les Insomniaques.

    @Esmeraldae: Passé les 400 pages, j'ai moi aussi eu de la peine à continuer vu que le sort des personnages me laissait assez indifférente. Mais bon, comme c'était pour le Prix ELLE...Je n'ai pas trouvé ton billet???

    @Cynthia: ;-) Et bien là au moins c'est clair! Mon prochain billet s'inscrit dans ton challenge. J'espère qu'il te tentera plus.

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  8. Dans ma PAL... comme tant d'autres... je ne savais pas qu'il concourait pour le Prix de Elle !!

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  9. @George: J'espère qu'il te plaira. Il y a du potentiel mais j'ai l'impression que l'éditeur aurait pu mieux cadrer ce texte. Je me réjouis de lire ton avis... à l'occasion.

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