Lila, être esclave en France et en mourir de Dominique Torrès et Jean-Marie Pontaut


Lila est une adolescente de 14 ans, originaire de Madagascar, qui est envoyée en France pour travailler dans une famille Malgache. Elle y restera quatre ans, avant d'être renvoyée à Tana dans un état de santé déplorable. Elle mourra quelques jours après son retour.

Dominique Torrès, fondatrice du Comité contre l'esclavage moderne, et Jean-Marie Pontaut font le point sur le destin tragique de la jeune Lila, et sur le phénomène inquiétant de l'esclavage moderne en France. Ce livre a pour objectif de mettre en lumière cette affaire, tombée dans l'impasse de la justice française. On sent le désir des auteurs de faire avancer les choses, et de rendre public des éléments qui sont restés ignorés de la justice.

Il est impossible de ne pas être touchée par l'histoire tragique de Lila. J'ai cependant deux réserves à faire sur ce livre. Premièrement, la participation de fait d'un des auteurs à l'affaire me gêne un peu, car elle apporte un certain sentiment de partialité et de subjectivité aux éléments rapportés dans le livre. Je ne dis bien entendu pas que les faits sont faux, mais pour un livre-enquête, il manque à Lila,... une dimension plus objective. Deuxièmement, l'enquête et l'affaire n'ayant pas abouti, je suis ressortie de cette lecture avec une impression d'inachevé. Logique me diriez-vous, mais peut-être qu'un article ou un reportage dans la presse auraient mieux convenu à ce récit.

Lila, ... reste cependant une histoire troublante, qui remplit bien l'objectif de sensibilisation du public au problème de l'esclavage moderne, phénomène encore trop méconnu... ou ignoré. Un livre qui montre également avec justesse les manquements de la justice dans ce domaine.

Lila arrive en France à 14 ans pour servir de bonne à tout faire. Elle est corvéable à merci, ni payée ni scolarisée. Quatre ans plus tard, cette jeune fille joyeuse et douce est renvoyée in extremis à Madagascar, son pays natal, pour y mourir quelques jours après. Sa famille constate son extrême maigreur et de nombreuses traces de coups sur son corps. Cette mort suspecte provoque l'ouverture d'une enquête en France et, en 2005, ses " employeurs " sont mis en examen pour, notamment, " viol et non-assistance à personne en danger ". Depuis, la justice s'est enlisée dans ses lourdeurs et ses lenteurs et a finalement décidé de classer l'affaire. Pis : elle a refusé d'entendre les témoignages essentiels recueillis par les auteurs de ce livre, à Tananarive et dans la banlieue parisienne. Ce récit s'attache à faire revivre la petite bonne malgache, sa jeunesse, ses rêves, son long calvaire et sa mort tragique. Le destin de Lila illustre le drame de l'esclavage moderne en France et l'indifférence devant des victimes trop souvent ignorées de tous. Un témoignage poignant de vérité.

Dominique Torrès est grand reporter à France Télévisions et réalisatrice de documentaires. Elle a créé en 1994 le Comité contre l'esclavage moderne et a consacré quatre films à ce sujet. Jean-Marie Pontaut est rédacteur en chef à L'Express, spécialiste de l'investigation policière et judicaire. Il est l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages. Sylvie Brunet a publié plusieurs romans, ainsi que des ouvrages sur le français et les origines de la langue. Elle est également l'auteur du Petit dico des expressions latines et grecques (City).


Livre lu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices de ELLE 2010/catégorie document

D'autres avis chez Armande, Sophielit, Jostein, Marie-Claire et Helene M.

TORRES Dominique et PONTAUT Jean-Marie, Lila, être esclave en France et en mourir, ed. Fayard, novembre 2009, 238p.

Commentaires

  1. Un sujet trop méconnu et qui a le mérité d'être traité dans un livre. Rien que pour cette raison, j'ai envie de le lire

    RépondreSupprimer
  2. Je crains que ça ne me fiche le bourdon...peut-être un peu trop triste pour moi en ce moment !

    RépondreSupprimer
  3. @Clara: C'est vrai que le sujet est encore trop méconnu. Je ne rends pas compte si un livre peut toucher un autre public qu'un reportage dans la presse. Pour ma part, je crois que j'aurais préféré lire cette histoire sous cette dernière forme mais je salue l'initiative de dénonce de l'esclavage moderne.

    @Mathilde: C'est plus révoltant que triste en fait... Cette lecture achevée, j'avais plus envie d'agir que de pleurer!

    RépondreSupprimer
  4. Moi du moment qu'un livre dénonce une injustice je suis partante... Mais j'attendrais un peu pour le lire, je ne me sens pas d'attaque pour l'instant.
    Un livre qui me mettrait, encore une fois, très en colère...
    Tu as raison en cela : sans doute beaucoup plus révoltant que triste...
    Bon week end

    RépondreSupprimer
  5. @Alex: Pas d'hésitations, ça renseigne directement sur le contenu du livre.

    @L'or des chambres: Dis-moi quand tu te sens l'envie et je peux te l'envoyer...

    RépondreSupprimer
  6. Ouais ouais ouais... Pour avoir vecu de longues années à mada, le sort de cette petite esclave n'a rien d'exceptionnel.... Plutot banal pour les malgaches... Oui les bonnes de la grande ile preferent travailler pour les blancs, sinon ce sont des esclaves.... Alors c'est bien la raison pour laquelle la justice d'ici s'en lave les mains....
    Ces auteurs se donnent bonne conscience et racolent le chaland avec de la misère humaine éternelle...

    RépondreSupprimer
  7. @Choucroute: Dans le cas de Lila, elle travaillait en fait en France mais pour une famille Malgache. Je suis d'accord avec vous pour le côté un peu râcoleur de cet enquête mais je la trouve loin d'être inutile. Même si le cas est plutôt banal à Madagascar (tout comme en Thaïlande, aux Philippines et malheureusement dans bien d'autres pays), il est toujours bénéfique d'informer le grand public qui ignore souvent les pratiques de l'esclavage moderne. Alors bien sûr, ce livre n'est pas sans défaut mais c'est mieux que rien.

    RépondreSupprimer
  8. J'ai lu ce livre en Bibliothèque. Je partage bien l'avis de notre commentatrice, la manière de raconter est trop subjective. Les auteurs nous font part des pensées des protagonistes, ils conduisent le lecteur là où ils veulent.
    Ce qui m'intrigue c'est de savoir comment les enquêteurs peuvent réellement savoir ce qui s'est passé pendant les gardes à vue. Ils racontent cela comme s'ils y étaient. Cela affaibli de beaucoup la crédibilité du récit qui cherche à faire justice là ou la justice hésite. Dominique Torrès récidive dans un article de la revue "J'ai lu" ce n'est plus la cause d'une enfant de la misère qu'elle plaide. Voudrait-elle prouver quelque chose, a-t-elle quelque chose à démontrer qui passe à travers son parti pris ?
    ni enquête, ni roman, cette lecture m'a laissé un goût amère de vengeance. Quelqu'un essaie de se venger à travers le livre. Les auteurs envers la société, peut-être pas, mais qu'en est-il du mystèrieux BRUNO ?

    RépondreSupprimer
  9. @Anonyme: Ce parti pris m'a également gênée et je me demande aussi d'où viennent les informations sur la garde à vue. Des rapports de police présentés pendant le jugement? Maintenant, désir de justice et de vengeance ou pas, je trouve la cause juste et même si la forme m'a embêtée, je suis contente que plus d'attention ait été donnée aux cas d'esclavage moderne. Sur quoi portait l'article de "J'ai lu"?

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

L'amie prodigieuse d'Elena Ferrante

Blog-anniversaire: 8 ans déjà!

Vie et oeuvre de Constantin Erod de Julien Donadille